Retour vers le futur de la “nouvelle” posture américaine de défense

Posted: 11 janvier 2012 in USA Doctrine et Stratégie
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Au Pentagone, le Président Obama a donc présenté la nouvelle stratégie de défense américaine, refondu principalement pour des raisons budgétaires et les profonds changements stratégiques actuels (mort de Ben Laden, fin des interventions américaines en Irak et en Afghanistan, recentrage sur l’Asie). Les principaux points de cette stratégie, dont les détails de la mise en œuvre pourraient être communiqués dans les prochaines semaines, sont les suivants :

-          Réduction du format des forces armées qui devront être plus agiles avec des coupes qui pourraient s’annoncer plus fortes que prévues. Selon les premières rumeurs bien informées, l’US Army passerait de 570 000 hommes à 480 000 hommes, contre les 520 000 envisagés précédemment, tandis que l’US Marines Corps se recentrerait sur son cœur de métier que sont les opérations amphibies (avec une réduction des forces de 202 000 hommes à 185 000). Les coupes concerneront aussi l’US Air Force et l’US Navy. L’US Air Force pourrait même perdre près de 200 avions de combat (soit 5% de la flotte aérienne américaine), âgés, ainsi que les personnels qui leur sont attachés.

-          Abandon de l’objectif de disposer des capacités pour mener deux opérations militaires majeurs simultanément. Cette révolution sera tempérée par l’objectif de disposer des capacités pour mener une opération militaire majeure et pour dissuader ou contrer simultanément une intervention militaire hostile sur un autre terrain d’opérations. Autre conséquence de cette limitation, la guerre terrestre se retrouve marginalisée, même si elle n’est pas abandonnée. De plus, les opérations de longue haleine ne seront plus « encouragées », au profit d’opérations menées à travers des proxi locaux que l’on forme et que l’on arme et d’opérations de courte durée. C’est peut-être ce qu’elle veut dire par l’expression de « limited counterinsurgency » qui semble avoir causé pas mal d’interrogation au sein de la communauté de défense américaine. La stratégie contre-insurrectionnelle laissera donc sa place à la sortie des guerres actuelles. Par ailleurs, les Etats-Unis veulent se reposer sur ses partenaires pour mener les opérations militaires, comme dans le cas de la Libye, tout en gardant les capacités indispensables.

-          Réduction possible de l’arsenal nucléaire américain. L’objectif de l’administration Obama serait de faire tout aussi bien avec moins. Cette décision, si elle est effectivement mise en œuvre, serait à mettre au crédit des efforts de désarmement nucléaire du président américain. Mais elle viendrait aussi créer un nouveau tumulte parmi l’opposition républicaine qui avait obtenu des concessions en matière de modernisation de l’arsenal nucléaire américain contre la signature du traité New Start avec la Russie. En contre-partie, la défense antimissile semble maintenue.

-          Recentrage vers l’Asie et, accessoirement, sur le Moyen-Orient. Avec pour conséquence de marginaliser l’Europe ? La coupe devrait être au final assez limitée (retrait probable de 4 000 hommes sur un total de 80 000), mais le diable se trouve bien dans les détails. La stratégie américaine veut promouvoir le concept de Smart Defense au sein de l’OTAN. Autrement, le maintien de la présence américaine en Europe, considéré à tord ou à raison comme la garantie de sécurité américaine pour nombre de pays européen, aura pour contrepartie implicite la spécialisation des forces européennes. Et, mathématiquement, une (nouvelle) perte d’autonomie (je n’ose parler d’indépendance) du camp européen ramené au rôle d’auxiliaire.

-    Les « nouvelles » priorités américaines pour remplir ses missions : forces spéciales, les capacités ISR, drones, cyberdéfense. Au final, l’administration Obama veut capitaliser sur les capacités développées dans les guerres d’Afghanistan, d’Irak et contre le terrorisme. Et sur les capacités qui lui permettre d’agir discrètement, mais de façon tout aussi létal, partout dans le monde, comme le démontrent les opérations de ces dernières années et derniers mois au Moyen-Orient et en Afrique.

 

Que faut-il alors penser de tout cela ? L’Amérique de l’administration Obama veut tourner la page des guerres des années 2000 et se préparer aux guerres futures, avec les moyens qu’elle n’a plus forcément (450Md$ de coupes décidées au mois d’août 2011 et 500Md$ de coupes supplémentaires suite à l’absence d’accords sur la réduction du déficit américain, pour les dix prochaines années). Les ambitions sont réadaptées aux menaces perçues et les moyens tenteront de suivre tant bien que mal dans le long parcours des coupes à venir qui seront tout sauf indolores.

Malgré ces changements, la stratégie américaine va s’inscrire sur un certain nombre de points dans la continuité (comme le notent un certain nombre de commentateurs spécialisés de la blogosphère de défense américaine). Tout d’abord, l’Amérique capitalisera sur sa puissance technologique qu’elle a su développer ces dernières années. Elle restera à la pointe dans ce domaine pour garder un avantage sur ses compétiteurs futurs.

Sur certains points, l’administration n’est pas non plus allée jusqu’au bout de sa logique. Prenons le cas de l’Europe : elle est pacifiée, elle est une grande fille maintenant, elle pourrait bien se débrouiller toute seule. En plus, elle ne fait pas partie de l’arc stratégique prioritaire américain (malgré le cas russe). Néanmoins, les Etats-Unis y maintiendraient 76 000 hommes, au nom de la solidarité transatlantique.

Sur d’autres, elle s’inscrit clairement dans la continuité. Quand on me parle d’une force plus agile, flexible et prête à répondre à toutes les menaces grâce à la technologie et à l’interopérabilité, je pense immédiatement à la Révolution dans les Affaires militaires du début des années 1990, reprise sous l’administration Bush par Donald Rumsfeld dans la transformation des armées américaines. Les ruptures technologiques, budgétaires, politiques, etc. semblent remettre au goût du jour ce concept si injustement remisé au placard par la stratégie insurrectionnelle. La technologie aura-t-elle cette fois-ci réponse à tout ? Réponse à la prochaine guerre.

Sources :

La nouvelle stratégie est accessible à l’adresse suivante :

http://www.wired.com/dangerroom/2012/01/pentagon-asia-strategy/

http://www.washingtonpost.com/world/national-security/obama-announces-new-military-approach/2012/01/05/gIQAFWcmcP_story.html?tid=sm_btn_tw

http://www.wired.com/dangerroom/2012/01/planes-cut/

http://www.acus.org/natosource/us-withdraw-4000-troops-europe

http://www.acus.org/natosource/obama-make-rare-visit-pentagon-rollout-new-strategy

http://defensetech.org/2012/01/05/what-the-dods-new-strategy-means-for-our-newest-tech/

http://www.wired.com/dangerroom/2012/01/contradictions-defense-plan/

http://www.wired.com/dangerroom/2012/01/pentagon-asia-strategy/

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